image

Reportage TEMPS PRÉSENT de la RTS
"Quand je serai vieux, je serai pauvre"

image
 Article


Accueil > Presse > Gauchebdo > Gauchebdo - N° 17-18 / 25 avril 2008 - Le pied sur le frein...à (...)

 Gauchebdo - N° 17-18 / 25 avril 2008 - Le pied sur le frein...à l’endetttement - Avec un discours apocalyptique sur les finances, la droite parvient à imposer ses mesures d’économie.

mardi 29 avril 2008

Chose promise chose due, le Gouvernement jurassien a annoncé un programme d’économie en 51 mesures dans tous les domaines d’activités de l’Etat. Traitement de la fonction publique, réorganisation de services, non-renouvellement de postes de travail, abandon de certaines prestations. But avoué : 20 millions d’économie qui devraient permettre de gommer, ce que les turifaires de la « saine gestion de l’Etat » appellent le « déficit structurel » de l’Etat. Pour justifier ces mesures, le Gouvernement et les partis de droite ont systématiquement et patiemment dépeint l’image d’un Etat au bord du gouffre financier. Les poncifs sur l’administration pléthorique ou les enseignants privilégiés ont été servis à la population à plus d’une occasion.

Quelle est la réelle situation financière du Canton du Jura et à qui profitera la mise en œuvre des 51 mesures ?

A en croire les déclarations répétées des représentants des partis majoritaires au Parlement (le PDC en tête) l’Etat jurassien est en proie à une crise financière profonde, à la limite de la « faillite ». Pourtant, ces dernières années, le canton du Jura n’a cessé d’améliorer sa situation financière. A chaque bonne nouvelle, la droite prenait un malin plaisir à noircir le tableau.

La dette cantonale réduite de moitié ? Oui mais le compte de fonctionnement reste largement déficitaire ! Le compte de fonctionnement enfin dans les chiffres noirs ? Mais le déficit structurel plombe encore et toujours les finances publiques ! Bref, il fallait trouver un justificatif aux mesures annoncées. De bonne guerre venant de la droite. Ce qui l’est moins c’est le sentiment de haine latent provoqué et entretenu dans la population à l’égard des agents de la fonction publique et des enseignants, jugés seuls responsables de la prétendue catastrophe.

Finances jurassiennes : où en est-on vraiment ?

La situation de l’Etat jurassien est-il donc si dramatique ? Les faits démentent les discours alarmistes. La loi sur les finances cantonales indique que les investissements doivent être autofinancés, à moyen terme, à raison de 60 % au moins. Jusqu’à il y a peu, c’est un objectif que le Gouvernement rappelait année après année lors de la présentation du budget et dont il semblait se satisfaire. Pendant la crise des années 90, l’Etat jurassien n’a pu respecter cet impératif (entre 0 et 35 % d’autofinancement). Cependant, depuis 1979 à aujourd’hui, le degré d’autofinancement cumulé dépasse les 80%. Le budget 2008 et le plan financier 2009-2011 présente des degrés d’autofinancement de cet ordre. Ce qui n’a pas empêché le Parlement d’accepter le principe d’un frein à l’endettement dont les contours ne sont pas encore connu et qui fait l’objet d’une consultation.

A qui profite le crime ?

Parallèlement à son discours apocalyptique sur les finances cantonales, la droite majoritaire réussissait, avec l’aval du peuple, à faire baisser les rentrées fiscales. Diminution de l’impôt sur le revenu bien sûr, mais également sur le capital, sur les successions et bien d’autres encore. Bref le panel des mesures adoptées un peu partout en Suisse au nom de la concurrence fiscale. Au profit des grosses fortunes et des milieux économiques de ce pays.

Ce qui nous attend...

Si les prévisions du Gouvernement jurassien se confirment, les cinq ministres se trouveront à la tête d’un Etat largement bénéficiaire dans son compte de fonctionnement, avec une dette maintenue dans des proportions plus qu’acceptable et des capacités d’investissement confortables. Magnifique ! Mais à quoi et surtout à qui serviront les bénéfices ainsi dégagés ? Et qui paiera le prix de l’ abandon de certaines prestations ?

Dans la meilleure des hypothèses on peut espérer une augmentation des investissements dans des domaines aussi sensibles que la culture, la formation ou la promotion d’un tourisme vert. On espère également que cette nouvelle donne financière permettra de maintenir le cap de la politique sociale et d’ouverture voulue par le peuple lors de la création du Canton.

Cependant, la majorité politique à l’oeuvre actuellement risque de vouloir récolter les fruits des sacrifices des serviteurs de l’Etat et de la population, pour les redistribuer généreusement à sa clientèle électorale. Nouvelle diminution d’impôts pour les nantis ou affectation des bénéfices à la seule réduction de la dette. Voilà très certainement ce qui nous attend dans un futur proche. En clair, les décisions du Gouvernement jurassien semblent plus influencées par l’air (néolibéral) du temps que par un réel impératif financier.

Pierluigi Fedele